Je rebondis tardivement sur le sujet, je ne passe pas souvent sur le topic. J'ai surtout l'impression que le niveau de recrutement est très différent selon les académies pour le CRPE et les disciplines pour le secondaire. Il y a des capes très faciles (dans le sens ratio candidats/ nombre de places très favorable), et d'autres qui restent très sélectifs (le mien, où la norme est de le passer plusieurs fois, et l'agrégation est encore plus difficile, même les normaliens la ratent souvent). Dans le cas de ma discipline ça s'explique par deux choses selon moi : 1) c'est une matière qui n'est enseignée qu'en première / terminale donc beaucoup moins de postes que dans les autres disciplines 2) il y a peu de débouchés professionnels donc l'enseignement reste une des voies privilégiées (a l'inverse, quelqu'un qui a un bac +5 scientifique a souvent des options plus avantageuses que prof).
La contrepartie positive, c'est que les conditions d'enseignement sont globalement plus confortables. Il y a évidemment toute une palanquée de lycées difficiles et les règles d'affectation sont les mêmes que dans le reste du secondaire, mais comme on ne travaille qu'en lycée, on évite en général la campagne profonde (je n'ai rien contre, mais ça peut faire de longs trajets), et les TZR sont souvent en poste annuel sur deux établissements max. On peut très facilement éviter la région parisienne parce que étonnamment, c'est une région demandée. Donc par exemple dans mon cas, j'ai fait mon stage dans une grande métropole régionale (lycée pourri certes, mais j'allais travailler à pied), puis j'ai été deux ans TZR mais avec des conditions faciles (deux lycées dans la ville agréable où j'habitais la première année, et un dans cette ville + un lycée sympa a 20km la deuxième année). Ensuite je suis partie dans l'AEFE où les conditions d'enseignement sont dans l'ensemble vraiment bonnes, mais ça c'est un choix assez rare. Mais dans l'ensemble j'ai un parcours bien plus facile que la plupart de ceux des jeunes profs que je lis souvent, j'ai 32 ans, 10 ans d'expérience, j'ai eu des postes intéressants, j'ai vécu dans deux pays et deux continents en plus de la France, j'ai pu faire des formations a l'étranger, tester plein de choses pédagogiquement parce que j'avais les conditions pour le faire, etc. C'est vraiment une grande chance.
Par contre oui, niveau salaire, comme une partie d'entre vous j'ai commencé a 1400 euros en 2016, et là en net je suis a peine a 2000 (enfin a l'étranger j'ai une prime de vie locale, mais c'est mon salaire de base). Je ne trouve pas ça incroyable, j'ai toujours été PP et accepté des HSA quand elles étaient dispo pour arrondir mon salaire (mais forcément, c'est du boulot en plus...).
Et quand je vois mes conditions de travail actuelles, en fait ça me confirme que ça peut être un métier agréable quand on nous donne les moyens de bien le faire. Là j'ai des classes de 20/25 élèves, du matériel informatique qui fonctionne, une reprographie efficace, pas de problèmes de discipline, ben ça change tout, je rentre chez moi sans être épuisée, je suis plus créative dans mes cours et plus patiente en classe.
Le retour en France me fait peur de ce point de vue, j'ai peur d'être vraiment fatiguée (surtout avec deux jeunes enfants) et de me noyer dans les copies et la discipline qui m'épuise émotionnellement. Par chance, je peux retourner dans mon académie et je devrais réussir a avoir un poste dans une ville moyenne, je mise beaucoup sur le fait de pouvoir nous y installer (si les trajets travail / école / assistante maternelle sont faciles, ce sera un gros confort et gain de temps au quotidien).
Pour les aspects positifs, clairement j'apprécie aussi les vacances, surtout quand on a des enfants, c'est top de pouvoir s'occuper d'eux facilement. En revanche le manque de séparation vie pro / vie privée me pèse pas mal, comme vous disiez, quand on est chez soi on culpabilise toujours soit de ne pas travailler, soit de ne pas s'occuper de sa famille. A terme j'aimerais bien changer de métier, mais je pense attendre quelques années que mes enfants soient plus grands, pour l'instant ça me paraît plus facile au niveau organisationnel de continuer d'être prof. Et je n'ai aucune idée précise de quoi faire d'autre

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